Ronan BARROT

Né en France en 1973. Vit à Paris.

La peinture de Ronan Barrot est résolument ancrée dans une relation à l’histoire de la peinture, autour d’en certain nombre de figures majeures qu’il considère comme ses maîtres. Parmi ces figures, celle de Goya occupe une place prépondérante comme le manifeste le tableau de dimensions modestes intitulé Encore, adaptation d’une des planches de la série des 82 gravures des Désastres de la guerre (Los Désastres de la Guerra) réalisées entre 1810 et 1815 par Francisco de Goya en réaction aux violences des soulèvements du Dos de Mayo et de la guerre d’indépendance espagnole. Cette planche numérotée 39, titrée « Grande hazaña! Con muertos! » (« Un exploit héroïque ! Avec des hommes morts ! ») montre trois cadavres attachés à une souche d’arbre, tous castrés ; le corps de l’un d’eux a été amputés des bras, décapité et sa tête est empalée sur une branche.

Dans un exemplaire complet regroupant les 82 gravures, conservé au British Museum, Goya ajouta une note manuscrite : « Fatales consequencias de la sangrientaguerra en España con Buonaparte. Y otroscaprichosenfáticos, en 82 estampas. Inventadas, dibuxadas y grabadas, por el pintor original D. Francisco de Goya y Lucientes. En Madrid » (« Les conséquences dramatiques de la sanglante guerre menée en Espagne avec Bonaparte. Et autres caprices emphatiques, en 82 estampes. Inventées, dessinées et gravées, par l’auteur et peintre D. Francisco de Goya y Lucientes. À Madrid »). Il s’agit bien là de la prise de position d’un artiste contre le pouvoir, dont s’inspirera très explicitement Edouard Manet en 1868 dans son Exécution de Maximilien, et la reprise de l’une de ces gravures par Ronan Barrot peut dès lors être comprise à la fois comme un hommage rendu à Goya et comme la volonté d’affirmer la vivacité de la peinture dans sa capacité à pouvoir « encore » rendre compte de faits historiques majeurs. La peinture de Ronan Barrot intitulée Encore est la reprise d’une peinture de grandes dimensions réalisée en 2004 autour du même sujet. Mais, à l’inverse du grand tableau, Encore possède la gestualité d’une peinture vigoureusement exécutée, reprenant les structures fortes de la gravure de Goya – disposition cruciforme des arbres utilisés comme potence, placement des corps sous la forme de masses écarlates informes – sur une toile bistre dont la teinte reprend celle du papier utilisé par Goya. Si une connaissance préalable de la gravure de Goya fait spontanément surgir celle-ci à la vue du tableau de Ronan Barrot, la peinture prend néanmoins sa puissance propre dans son expressionnisme, sa violence, et l’identification évidente du corps renversé et de la main, au milieu de gestes non retenus et de macules qui basculent l’ensemble vers l’abstraction.