Shirley GOLDFARB

Née aux États-Unis en 1925 - Décédée à Paris en 1980

En 1952, le critique d’art Michel Tapié utilise le terme d’ « art informel » pour définir une tendance picturale qu’il observe en Europe, en Amérique et au Japon et dont le propre est de rejeter la figure. Shirley Goldfarb, née en 1925 en Pennsylvanie et décédée en 1980 à Paris, est partie prenante de ce mouvement général, dont elle intègre les multiples réflexions plastiques. Avant de devenir artiste, Shirley Goldfarb étudie l’art dramatique, la théologie hébraïque, et pose nue pour les peintres. Loin d’être enfermé dans un ou plusieurs –ismes qu’il dépasse, son travail peut être observé, à travers sa dimension formelle et technique, au regard des échanges, croisements et ruptures qui ont lieu entre les acteurs et actrices de la scène foisonnante de la peinture occidentale des années 1960. Le tachisme, en tout premier lieu, qui se développe dans les années 1950, désigne un courant de l’art informel qui peut apporter des clés de lecture sur la richesse autant que sur l’ambivalence de la pratique de Shirley Goldfarb. Le tachisme contient en lui-même une « survivance » anachronique de l’impressionnisme, très présente dans la peinture de Shirley Goldfarb, surtout à partir de ces années 1960. Le critique d’art Félix Fénéon utilise en 1889 le terme « tache » pour décrire la technique impressionniste. On pense également aux Macchiaioli italiens en 1862 et à Maurice Denis en 1909 qui se réfère aux peintres fauves comme ceux qui font des taches. Par à-coups, avec des réminiscences de calligraphie, la peinture de Shirley Goldfarb est donc expression, ce qui n’est pas anodin, car l’on sait que Shirley Goldfarb a beaucoup regardé les toiles de Jackson Pollock. Mais cette peinture est aussi impression. Au début des années 1960, Shirley Goldfarb est installée à Paris depuis 6 ans. Une fois à Paris, sa grande révélation – comme pour Joan Mitchell qu’elle côtoie – est le Monet de la dernière période, en particulier les Nymphéas, qui viennent d’être réinstallés au Musée de l’Orangerie suite à une série de travaux. Vibrations optiques, avec une volonté permanente de recouvrir entièrement la support comme un soleil qui éblouit, les deux gouaches sur papier de la collection du Frac Auvergne témoignent de l’amour de Shirley Goldfarb pour Monet et annoncent la « méthode scientifique » des néo-impressionnistes (Georges Seurat et Paul Signac), qu’elle intègrera au milieu des années 1960. Avec ces deux gouaches, la couleur est encore matière. Apposée par répétitions comme autant de petits monochromes multiples, elle se faufile de manière agitée et mécanique dans le cadre qu’elle remplie. On y trouve des échos des peintres américains – les coloristes surtout – qu’elle retrouve à Saint-Germain-des-Prés (Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, David Hockney) mais aussi la pâte sensible d’un Nicolas de Staël. Les formes, comme des stries électriques, ont la nervosité des signatures, qui se seraient accumulées sur le dessin comme autant de preuves de la présence de l’artiste. C’est une peinture pulsée, de celles qui maintiennent en vie.

Elora Weill-Engerer

 

 

 

Nota bene : les dates des deux gouaches ne correspondent pas, entre les constats d’acquisition, les contrats de cession et le questionnaire (1960, 1962 ou 1961).