Noël DOLLA

Né en France en 1945 – Vit en France

La fin des années soixante a été marquée en France par une interrogation soutenue sur la légitimité de la pratique picturale, autour des groupes B.M.P.T. et Support(s)/Surface(s) en particulier. Noël Dolla qui fut membre de Support(s)/Surface(s), s’est surtout préoccupé à ses débuts des rapports entretenus par la peinture avec le ready-made duchampien, proposant à partir de 1967 des Structures Étendoirs – suspensions de serpillières récupérées, teintes en partie et pendues à des fils. Avec la Structure à la tente d’indien, il a intégré un objet vivement coloré prélevé dans l’environnement populaire et commercial à un dispositif visiblement pictural. A la fin de l’année 1968, en prévision d’une exposition dans une galerie d’art italienne, il réalise l’une de ses œuvres les plus radicales, en découpant aux mêmes dimensions monumentales trois lés de tissu rouge vif, achetés et laissés tels quels à l’exception d’un trait de crayon noir sur chacun, au premier quart inférieur, sur une seule face. Le geste est minimal, comme pour affirmer une première forme de la question qu’il posera plus explicitement dans un manifeste signé par l’un de ses hétéronymes, Della Nolo, quelques vingt ans plus tard : « Quand commence la peinture ? Comment finir un tableau aujourd’hui ? L’art pour quoi faire ? Le peintre en bâtiment est-il le roi du monochrome ? ». Mais la couleur a la radiance de ce qui s’impose à la fois physiquement et métaphoriquement. Il ne s’agit pas du rouge des révolutions bolchevique ou maoïste alors si importantes pour tant de jeunes gens, pas d’un rouge sang, mais d’un rouge aigre et violent, qui évoque à la fois le mercurochrome et les balises d’avalanche, éléments et évènements non moins violents mais moins contrôlés que les révolutions menées par une dictature du prolétariat et par là même plus faits pour plaire à l’anarchiste militant qu’est l’artiste. Matériellement, le rouge a une valeur expansive, utilisée en si grande quantité et de manière quasi-monochrome, il imprègne un espace bien plus grand que sa surface et le dynamise. Un sculpteur aussi attentif que Don Judd à l’appréhension phénoménologique de ses œuvres, à leur entrée dans l’espace où se tient celui qui les regarde, avait déjà fait un large usage de cette propriété du rouge, dès ses premiers objets minimaux. Cette capacité à s’imposer matériellement, sans recourir à une quelconque illusion est ici utilisée à plein par Noël Dolla. Comme d’autres membres de Support(s)/Surface(s), notamment Claude Viallat qui avait été son professeur à l’Ecole des Arts Décoratifs de Nice en 1996, Noël Dolla utilise la toile libre, non tendue sur châssis. Mais il refuse en fait plus qu’eux toute frontalité, organisant souvent à cette époque, comme ici, la présentation de ses œuvres comme des triptyques se déployant dans l’espace, selon un arc de cercle inclusif. La ligne se pose encore comme une sorte d’ancrage face à cette action d’inclusion de la toile teinte. L’année suivante l’artiste synthétisera cette alternative par l’emploi privilégié du motif du disque ou des points, en donnant significativement dans l’espace réel d’une montagne l’une des premières inscriptions (Restructuration spatiale n°2, cime de l’Authion). Le projet qu’il se donnait alors explicitement avait en fait trouvé ses premiers jalons dès 1968 : « Utilisation de l’ESPACE en tant que MATERIAU de CREATION. Mise en évidence des rapports entre ESPACES déterminés (supports plans) et des rapports entre ESPACES indéterminés (la nature) ».

Eric de Chassey