Vincent DULOM

Né en France en 1965 - Vit à Paris

À propos de 24 secondes par image – 21092101 :

La pulsation lente d’un iris sans pupille porte l’enlacement de dix images, sans que jamais ne soit perceptible le passage de l’une à l’autre. Nébuleuse chromatique privée de sa pupille noire, cet œil est un pupille, iris orphelin de son obscur noyau abyssal. Pupille : le passage du féminin (le diaphragme de l’œil) au masculin (la perte orpheline) vibre de l’incertitude de la forme elle-même. S’agit-il d’une nébuleuse diffusant son nuage de particules gazeuses ; est-ce un halo dont l’auréole lumineuse s’épancherait autour d’un corps invisible ? Le film engendre un trouble, son rayonnement diffus substitue à la vision claire la brume hypnotique d’un phénomène céleste. Les embrasements et les aveuglements, les éclipses et les taches astrales, les phosphènes parasites à la périphérie, impulsent une vision écarquillée. Les yeux ne savent plus voir et se délectent d’une cécité de transition où formes et couleurs se mêlent dans un imperceptible mouvement de giration et d’expansion.

Le film égrène ses vingt-quatre images par seconde mais il est structuré selon une durée obéissant à vingt-quatre secondes par image. Dix images se succèdent dans une lente apparition de vingt-quatre secondes, la persistance rétinienne atteint son paroxysme : la durée n’est plus celle, commune, d’un phénomène terrestre mais résonne avec le temps cosmique et l’étirement incommensurable des dilatations galactiques. C’est le soleil que nous voyons, ou bien le spectre auroral d’éclats venus des confins. C’est le rayonnement d’une étoile peut-être déjà morte qui nous parvient à des années-lumière. Le film de Vincent Dulom exerce une irrésistible fascination, un charme dont le faisceau lumineux se noue aux fondements hypnotiques du cinéma, focalisant sur l’œil mesmérisé une source lumineuse contemplative happant le spectateur dans une immersion subjuguée.

 

À propos de 21101801C200 :

Les peintures de Vincent Dulom s’élaborent à partir de mélanges chromatiques complexes conçus numériquement, imprimés en fines pellicules pigmentaires sur la toile. Son art se joue dans l’intimité du regard avec une insaisissable matière, dans une fascination sublimée par la profondeur de ses champs colorés. Happé par le halo, surpris par l’infixable informe soumis aux variations d’éclats et de modulations nébuleuses, le regard est mis en demeure, dans le sens littéral de cette expression adossée à la question du retard : le regard est retardé, mis sous scellés, exproprié de son champ, rappelé à l’ordre par le corps de la couleur et – osons la métaphore – blanchi, réhabilité à recouvrer la vue au sein des nues et de leurs vibrations opiniâtres. Il y a précisément prise de vue, dans une emprise organique où l’on sent que le corps est autant impliqué que l’œil dans ce soulèvement visuel consenti. Alors que le regard se soumet aux pressions d’atmosphères d’un ciel versatile, l’histoire de la peinture s’immisce pour épouser l’écarquillement et associer aux lapis-lazuli, aux violets et aux lilas, les bleus célestes de Fra Angelico. Dans le halo se déclinent les cyans du maître italien du XVe siècle, les bleus de sainte Cécile couronnée de roses dans Le Couronnement de la Vierge1, ceux de L’Annonciation2 et de son patio aux voûtes piquetées d’étoiles. Comme dans les panneaux de Fra Angelico, les tons se déclinent en d’infimes variations, saturant et désaturant l’œil de la clarté de l’air à
la pénombre du jour finissant dans un vertige de ciel d’azur.

Jean-Charles Vergne

1– Tempera sur bois, 209 × 206 cm, 1430, Musée du Louvre, Paris.
2– Tempera sur bois, 162 × 192 cm, 1426, Musée du Prado, Madrid.