Keith SONNIER

Né en 1941 – Décédé en 2020

Artiste américain majeur œuvrant entre l’art minimal et ce que l’on a appelé l’Anti-form, Keith Sonnier a travaillé depuis la fin des années 1960 sur une redéfinition de la sculpture en se servant de la couleur et de la lumière dans des objets et des installations où le tube fluorescent, le néon ou l’argon – ses matériaux de prédilection – lui permet de dessiner en couleur dans l’espace. Plans colorés, surfaces de verre, gazes, éléments en bois, projections de films… ses sculptures jouent de reflets, de l’opacité, de la transparence, de la transformation par la lumière des matériaux et de leur couleur intrinsèque. Inspiré par sa jeunesse en Louisiane autant que par ses voyages, ses sculptures sont souvent des hybridations entre des formes traditionnelles et des éléments contemporains, entre des formes géométriques et un dessin affirmant une dimension baroque, utilisant aussi bien le sol que le mur.

L’œuvre du FRAC Auvergne s’inscrit dans une série (Cohla Junction) qui, elle-même, s’inscrit dans une suite de séries qui ont toutes le terme « Junction » dans leur titre (Bodo Junction Series ou Botswana Junction Series par exemple, datées de 2005). Toutes ces séries sont inspirées par de l’art tribal appartenant à une ethnie ou à un lieu désigné par le titre – et le titre évoque, également, un film qui a eu une grande importance pour Keith Sonnier, Bhowani Junction de George Cukor (La Croisée des destins, 1956), film qui traite en partie de la lutte indienne pour l’indépendance. Ces œuvres sont parmi les plus discrètes et les plus sobres de l’artiste et affirment, tout en étant des objets fortement identifiables, leur caractère mural. Elles évoquent indubitablement, par leurs formes et leurs dimensions, un bouclier, bouclier réinterprété dans des formes très géométriques, orné de quelques marques qui vont d’un registre lui-même très géométrisé jusqu’à des lignes qui évoquent des tracés plus libres comme c’est le cas pour l’œuvre du FRAC Auvergne. Deux tubes les parcourent horizontalement et renversent de 45 degrés des sangles qui permettent de tenir le bouclier. La cassure des plans permet de faire jouer la lumière colorée sur certaines parties et non sur d’autres et les tubes viennent oblitérer ou compléter le dessin inscrit à la surface de l’objet. L’œuvre joue autant sur la symétrie décorative des boucliers qu’elle assume une dissymétrie que l’on retrouve sur de nombreux objets ethnographiques. Ce qui intéresse Keith Sonnier est de se servir d’une forme qui a une fonction et dont les éléments (sangles, dimensions, formes) servent cette fonction pour la transformer en sculpture afin d’enrichir son vocabulaire tout en conservant une perception possible de l’objet d’origine et, en ce sens, on pourrait parler de syncrétisme.

Éric Suchère