Volker TANNERT

Né en Allemagne en 1955 – Vit en Allemagne

C’est à Berlin et Cologne qu’ont émergé à l’extrême fin des années 70, ceux qu’on a appelé les Nouveaux Fauves ou Nouveaux Expressionnistes. Leur peinture se caractérise par l’exacerbation des sentiments et des émotions, l’omniprésence de l’homme, traité par touches rapides en couleurs violentes. Si certains d’entre eux empruntent une iconographie marquée par les médias, la BD, la publicité, ce n’est pas le cas de Volker Tannert ; en revanche, la violence qui caractérise ce renouveau pictural se retrouve dans ses thèmes et sa facture.
En 1983, Volker Tannert se tourne vers le paysage. Il insiste sur les rapports que ses tableaux entretiennent avec l’histoire de l’art. C’est un travail sur la tradition qui dépasse la dimension référentielle. Evoquant parfois très clairement dans les tableaux ou dans leur titre les œuvres du peintre romantique Caspar David Friedrich, il cherche à faire resurgir de manière réactualisée ce qui s’en dégageait de force plastique et d’expressivité.
Cette vue de la nature transcende les forces qui l’animent, plus qu’elle ne joue sur ses caractéristiques spécifiques. Volker Tannert se réfère à travers toute l’histoire de l’art allemand : on voit défiler pêle-mêle les nocturnes du 17ème siècle, les vues de montagne romantiques, les ciels d’Emile Nolde. Il y a eu de tout temps dans l’esprit germanique une exaltation des sentiments, qui apparaît dans la plupart des formes artistiques et Volker Tannert perpétue cette tradition en combinant les stéréotypes et les signes référencés : rouge sang, chaos, eau sombre et profonde… Peignant par empâtements aux endroits qui suggèrent le palpable – la roche, la terre – il utilise moins de matière pour exprimer la transparence de cieux crépusculaires. Ainsi, en utilisant les moyens expressionnistes propres à son époque, Volker Tannert renoue avec une certaine idée du sublime tel qu’il a pu être envisagé dans la philosophie occidentale du XVIIIème siècle, désignant le sentiment éprouvé devant la dimension incommensurable de la nature. A l’instar des représentations picturales de la peinture romantique, l’œuvre de Volker Tannert donne à voir une manifestation de ce sentiment de sublime, mêlant la fascination pour les paysages accidentés à l’angoisse d’une finitude symbolisée par les états crépusculaires, les effondrements telluriques, que le philosophe allemand Edmund Burke qualifiait par « une sorte d’horreur délicieuse, une sorte de tranquillité teintée de terreur » dans son livre sur l’origine des sentiments de sublime et de beauté paru en 1757.

Nicolas Chabrol