Avec les œuvres d’Étienne BOSSUT, Carla AROCHA, Abdelkader BENCHAMMA, Roland COGNET, Aurélie PÉTREL et Daniel SPOERRI
Pour sa nouvelle collaboration avec le musée Crozatier, le Fonds régional d’Art contemporain (Frac) Auvergne a le plaisir de présenter l’exposition Hors-cadre qui se déploie généreusement au sein des espaces permanents du musée Crozatier. Le parti-pris de cette exposition a été de sélectionner des œuvres qui sortent du cadre au sens propre comme au sens figuré. Tout au long du parcours, œuvres en volume et installations de grandes dimensions repoussent les limites de format et invitent le spectateur à se confronter à leur physicalité.
Présentées à même le sol pour la plupart d’entre elles, sans aucun socle, ni aucun cadre pour les structurer, les œuvres dialoguent dans une relation fluide avec les espaces du musée. Si les couleurs de l’œuvre de Étienne Bossut contrastent avec le blanc immaculé des sculptures du hall ancien, sa forme en spirale invite le spectateur à l’appréhender en se déplaçant comme il le ferait autour des œuvres classiques qui l’entourent. Dans la galerie gallo-romaine, la forme des œuvres de Roland Cognet répond, quant à elle, à celle des bornes miliaires et chapiteaux antiques tandis que la couleur de l’acier qui les recouvre prolonge la couleur du sol en pierre. Plus loin, la surface réfléchissante du grand rideau en plexiglas de Carla Arocha absorbe les collections de sculpture médiévale quand, à l’étage, l’installation d’Aurélie Pétrel se développe dans la salle en prenant littéralement appui sur les murs du musée créant un dialogue fort avec les portraits du XVIIème siècle.
Deux œuvres peuvent faire figure d’exception, celles d’Abdelkader Benchamma et de Daniel Spoerri présentées dans la galerie des sciences et qui s’offre au spectateur dans une typologie assez classique. Cependant, les grands formats de ces œuvres, la puissance du trait d’Abdelkader Benchamma qui donne l’impression de vouloir exploser les limites du cadre pour se répandre au-delà, les collages d’éléments en volume de Daniel Spoerri qui débordent du cadre de l’œuvre, poursuivent une même histoire de la création contemporaine qui a cherché depuis de nombreuses décennies à sortir de la bidimensionnalité de la peinture, engageant un nouveau rapport au spectateur et à l’espace d’exposition.
L’exposition Hors-cadre s’inscrit dans cette histoire. Ici, le cadre devient l’espace du musée tout entier, là où se tient le spectateur et à l’intérieur duquel ce dernier se trouve immergé pour vivre une autre relation avec l’œuvre d’art.
Christian Jaccard - À l'épreuve du feu
Le Frac Auvergne poursuit sa collaboration avec le festival Jours de lumière et présente une exposition exceptionnelle consacrée à l’artiste Christian Jaccard.
Artiste majeur, reconnu par les plus grandes institutions françaises et internationales, Christian Jaccard s’est fait connaître dans les années 70 en faisant du feu l’un des éléments essentiels de son œuvre.
Depuis plus de cinquante ans, il soumet à l’épreuve du feu tous types de supports (papier, toile, zinc, bois, serviette éponge…) et repousse toujours plus loin les limites de l’art dans un processus alliant création, germination, destruction, contrôle et hasard.
À la surface des œuvres, les pinceaux et crayons sont remplacés par les mèches à combustion lente et le gel thermique dont la combustion inscrit sur les supports les stigmates de la course du feu tandis que le passage des flammes dessine des auréoles et des nuances de brun.
L’exposition À l’épreuve du feu, réunissant des œuvres de la collection du Frac Auvergne et de la collection particulière de l’artiste, permet de plonger au cœur de cette pratique singulière qui a marqué la création contemporain. Les œuvres se constituent à la fois comme la mémoire d’une dynamique alchimique (Couple toile-outil), une volonté de redonner vie à des tableaux destinés à l’oubli (Anonyme calciné), le vecteur d’un nouveau répertoire graphique (Combustion) ou encore le catalyseur d’une dimension symbolique forte (BRN).
C’est l’énergie vitale du feu qui est à l’œuvre ici à travers une pratique qui dialogue avec la fragilité des supports, dans une réflexion profonde sur la trace, le temps et l’éphémère.
Le règne des images
Partenaire de la compétition Labo du Festival international du court métrage, le Frac Auvergne célèbre cette édition anniversaire et présente Le règne des images, une exposition inédite faisant dialoguer courts métrages primés et œuvres issues de sa collection. Tout au long du parcours, la puissance des images s’impose tout en dessinant les contours d’une esthétique du pouvoir et de la violence.
Avec sa photographie The Dreadful Details, Éric Baudelaire confronte le spectateur à l’urgence d’une scène de guerre. Mais une lecture attentive de l’image révèle que celle-ci est en réalité le fruit d’une complète falsification, entièrement conçue dans un décor hollywoodien. Le minutieux travail de composition rejoue ici les conditions de fabrication de toute image de propagande, depuis la peinture d’histoire aux images médiatiques contemporaines, en passant par la prolifération d’images amateures sur les réseaux.
Ce sont justement à ces images et à leur violence contenue que s’intéresse la réalisatrice Randa Maroufi dans son film Le Park. Elle y évoque une tendance développée sur les réseaux en 2014 consistant pour des jeunes marocains à se filmer armes à la main avec un seul objectif : être vus. En demandant à des jeunes de rejouer ces mises en scène et en privilégiant des instants arrêtés, Randa Maroufi circule dans les images, en révèle le hors-champ pour scruter les conditions de leur fabrication et démêler le vrai du faux.
Conçu à partir de prises de vues réelles et de composition 3D, le film The Reflection of Power de Mihai Grecu met à mal les images de propagande du régime nord-coréen. A l’aide d’une esthétique postapocalyptique, statues de dirigeants et architectures démesurées sont englouties sous une inexorable montée des eaux, à la fois destructrice et purificatrice. Dans cette dystopie, la puissance du régime de Kim Jong-un appartient désormais au passé et se livre comme un contrepoint aux œuvres de Yan Pei-Ming et son portrait monumental de Mao ou à celles de Şerban Savu et de Vincent J.Stoker qui font remonter à la surface de leurs œuvres le souvenir d’autres régimes totalitaires qui ont usé de la même force visuelle pour asseoir leur pouvoir.
Enfin, le réalisateur Kamal Aljafari a choisi dans son film Paradisio, XXXI, 108 de tourner en dérision les images triomphalistes de la propagande militaire israélienne des années 60 et 70. Avec son allure de sketch satirique, le film donne l’impression que de grands enfants jouent à la guerre, à l’image du jeune garçon de la peinture d’Edi Hila qui semble jouer à un jeu bien trop grand pour lui.
Tout se passe comme si, finalement, dans ce monde tentaculaire de l’image, plus rien ne semble crédible, le réel devenant de plus en plus factice, recomposé, poussé à la marge.
Laure Forlay
Commissaire de l’exposition




